La puissance de la joie selon Frédéric Lenoir

Un soir de septembre, lorsque je planifiais la séquence des articles du présent numéro, je cherchais un sujet qui allait propulser les lecteurs dans un élan de positivisme.  Tout à coup, un éclair de génie m’est venu à l’esprit…  Frédéric Lenoir et son livre La puissance de la joie.

Ouf!  Allais-je vraiment trouver le courage d’écrire à M. Lenoir pour lui demander une entrevue?  Sans m’attendre à une réponse, je lui écris.  Quelques jours plus tard, devant la caméra de mon ordinateur, mon cœur s’emballe et je n’en crois pas mes yeux…  Devant moi, avec son plus beau sourire, se tient le grand auteur et philosophe français.

M. Lenoir, dans votre livre La puissance de la joie, vous dites que la vraie joie active est présente dès notre petite enfance? Que voulez-vous dire?

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L’enfant est dans une spontanéité qui fait qu’il accueille la vie comme elle est.  Il ne se pose pas trop de questions et il se réjouit d’un rien.  Même s’il vit des moments difficiles, tout de suite après, quelque chose va le plonger dans la joie, car l’enfant a cette capacité de vivre dans le moment présent.

Dans certaines sagesses spirituelles, il est écrit qu’il faut redevenir comme des petits enfants pour vivre la joie.  Entre autres, le taoïsme fait de l’enfant le modèle du sage.

Qu’est-ce qui fait que l’on perd la joie en vieillissant?

Quand il grandit, l’enfant développe son ego et son mental puis il va commencer à se soucier de beaucoup de choses.  Il sera souvent dans des peurs, des revendications et des croyances.  Il sera presque toujours insatisfait.  Du coup, il perdra sa spontanéité d’être dans la joie.

Les adultes irritables, négatifs, déprimés et dépressifs, surtout les personnes âgées, deviennent parfois acariâtres et aigries.  Pourquoi?  Parce qu’ils veulent tout contrôler, n’acceptent pas la perte de leur autonomie et font du déni, ce qui les rend irritables.

La vieillesse  et la maladie sont de merveilleuses occasions de retrouver la spiritualité et cela ne peut se faire que dans le lâcher-prise et l’acceptation.  Le taoïsme dit qu’il faut accepter le mouvement de la vie.  Si on est en lutte, tout devient compliqué.  Si on va à contre-courant et qu’on s’obstine à être dans la résistance, on perd la joie de vivre.

Vous dites que la souffrance fait partie de la vie et que, lorsque nous sommes en colère contre celle-ci, nous ne l’aimons pas d’un amour inconditionnel, mais bien conditionnel à la satisfaction de nos besoins.  Expliquez-moi…

La souffrance fait partie de la vie. Nous vivons des deuils, des séparations, de la maladie, et cela, nous ne pouvons l’éviter.  Il faut alors savoir distinguer ce qui dépend et ne dépend pas de nous.  Si on peut changer quelque chose et organiser sa vie pour moins souffrir, faisons-le.  Sinon, il faut accepter qu’il puisse y avoir des événements souffrants qui ne dépendent pas de nous. Dès que nous sommes dans l’acceptation, nous souffrons beaucoup moins et les épreuves de la vie sont beaucoup plus supportables.

Par exemple, devant une difficulté, si je suis en colère, je serai malheureux.  Par contre, si je me dis que la vie m’a envoyé cet obstacle pour que j’apprenne quelque chose, mon attitude va changer et je verrai les moments difficiles s comme des opportunités.  En plus, si j’accepte d’être aidé, cela me permettra de créer des liens affectifs, de vivre de beaux moments de partage et de solidarité.

Vous dites que le bonheur ne se trouve pas dans le matériel alors où se trouve-t-il?

J’ai déjà fait la lecture d’une enquête où on a posé des questions à des milliers de personnes dont une, entre autres, se lisait comme suit :  «Qu’est-ce qui vous rend heureux?» Dans l’ordre, il y avait l’amour, avoir une activité qu’on aime et être en bonne santé.  Ce sont les éléments fondamentaux du bonheur.  Si vous avez tout ça, vous serez toujours heureux.  Avoir de l’argent aide, mais ce n’est pas suffisant.

En étant plus citadins et industrialisés, nous avons gagné en individualisme, mais nous avons perdu en lien affectif.  Nous avons fait passer la liberté avant l’amour!  Nous avons tout ce que nous voulons, mais nous ne sommes pas forcément plus heureux.  Alors que dans les pays pauvres, les liens entre les personnes sont importants et forts.

Dans votre vie, vous avez souffert.  Comment faites-vous pour panser vos blessures?

J’ai fait diverses thérapies qui m’ont permis de guérir certaines blessures. J’éprouve un grand bonheur à vivre de ma passion, à écrire des livres. J’ai aussi une vie spirituelle très présente.  Je médite tous les jours, je marche dans la nature et je contemple.

Vous dites que le monde va mieux, mais nous nous attardons beaucoup sur les mauvaises nouvelles.  Que pouvons-nous faire pour nous en détacher?

Si l’on regarde l’histoire de l’humanité, il y avait dans le passé beaucoup plus de guerres et d’épidémies. Malgré tout ce que nous vivons aujourd’hui de négatif, le monde va globalement beaucoup mieux.  Il y a de moins en moins de dictatures, de maladies et de personnes qui meurent de faim.  On a réussi à éradiquer les grandes épidémies et l’espérance de vie augmente sans cesse.

Concrètement, que pouvons-nous faire pour améliorer le monde?

Comme le disait Gandhi : «Soyez le changement que vous voulez dans le monde.»  Ce n’est pas les grandes idéologies universelles qui changent le monde, mais c’est l’individu qui doit se changer lui-même pour devenir une meilleure personne. Pour devenir un individu responsable et juste avec les autres, il lui faut  apprendre à se connaître, à travailler sur ses émotions et à avoir un comportement écologique.

C’est l’individu qui peut changer le monde.

En terminant, qu’est-ce qui vous propulse vers la puissance de la joie?

Le seul fait de vivre.  J’aime la vie avec ses hauts et ses bas.  J’essaie de vivre ma vie le plus consciemment possible. La vie est magique!

C’est le visage éclairé par la lueur du jour que M. Lenoir me salue chaleureusement.  Le temps s’est arrêté pendant 25 minutes.  Dorénavant, l’histoire de ma vie sera marquée par le souvenir de cette rencontre avec un grand homme dont la dernière phrase à mon égard aura été si proche du cœur : «Pour moi, être connu n’a pas d’importance!  Ce qui compte, c’est la qualité des individus et j’ai trouvé votre initiative vraiment très belle.»

Merci, Frédéric Lenoir.

www.fredericlenoir.com

Chantal Tessier

Écrivaine, conteuse et fondatrice de Les Inspiratrices

www.chantaltessier.ca

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